lundi 10 avril 2017

Fulgor - 001



 

Fulgor est une revue de bandes dessinées parue aux éditions Artima. 39 numéros et 7 recueils de mai 1955 à juillet 1958. Format de parution 175x230.



Lien: Fulgor - 001
Merci au  scanneur/retoucheur pjp pour cette BD.


Bonne Lecture


Tragédie de Drau ou Massacre des Cosaques de Linz.

Pendant l'été 1941, l'Allemagne nazie envahit le sol soviétique. Devant les défaites catastrophiques qu'enregistre l'Armée Rouge, de nombreux Cosaques de souche, traumatisés et ivres de revanche contre le pouvoir soviétique, se rallient sans hésiter aux forces de la Wehrmacht. Et cela même parfois, par communautés entières. 
1943, Russie, Le commandant du 5ème Régiment cosaque du Don,
le "Generalmajor" Ivan Nikititch Kononov (à gauche) et son adjoint
Ainsi en Ukraine, le Major Kononov, Cosaque du Don, déserte avec tout son escadron et passe du côté allemand. En 1942, le Cosaque du Don Pavlov se révolte contre le pouvoir soviétique et se fait élite Ataman par les Cosaques de Novotcherkassk. Les premiers escadrons de Cavalerie Cosaque pro-allemands sont formés. Hitler en personne cautionne la création d'un District Cosaque dans le Kouban. En 1943, après la défaire de Stalingrad, les Allemands se replient vers l'ouest, suivis par leurs alliés cosaques. 

La Wehrmacht reconnut les Cosaques comme des unités militaires
 avec leurs propres uniformes et insignes; La 1ère division cosaque
a été créée l'année suivante. À la fin de la guerre, les unités cosaques
étaient sous le commandement des Waffen-SS. Sous leur direction
et déjà imprégnés d'une idéologie antisémite extrême, de nombreux
cosaques ont participé activement à l'Holocauste, rassemblant et
exécutant des juifs locaux dans leur zone d'opérations et commettant
des atrocités contre des civils accusés de soutenir des partisans.



L'Ataman Pavlov est tué par les Soviétiques et remplacé par Domanov. Le Feldmarschal Wilhelm Keitel et le Reichsministrum Alfred Rosenberg promettent aux Cosaques le recouvrement de leurs anciens territoires et de leurs droits. En outre, la création d'une division cosaques est approuvée par l'OKH et Hitler. En mars 1944, les allemands créent un Directoire des Forces Cosaques en Exil placé sous l'autorité de l'Ataman Krasnov. On trouve ainsi des unités de cosaques disséminées dans toute l'Europe occupée comme en Yougoslavie et même en France. Pendant l'été 1944, les deux brigades de la 1. Kossaken-Division deviennent les 1 et 2 Kossaken-Divisionen du XV. SS-Kossaken-Kavallerie-Korps du SS-Feldataman der Kossaken Helmut von Pannwitz
Helmuth von Pannwitz
Officier de tradition engagé à la tête de différentes unités de
reconnaissance sur le Front de l'Est, il crée une unité cosaque
de volontaires, qui devient en 1943 la 1re Kosaken-division et
par la suite le XV. Kosaken-Kavallerie-Korps. Il est livré par
les Britanniques, à la fin de la guerre, aux autorités
soviétiques. Jugé en 1946, il est pendu en janvier 1947,
à Moscou. Réhabilité durant la présidence de Boris Eltsine, cette
mesure a été annulée par Poutine. Il est le dernier à porter le titre
de Feldataman. Sa mémoire est vénérée par les Cosaques. Il est
enterré au cimetière allemand de Moscou.
Notons ici que les cosaques engagés aux côtés du IIIe Reich ont glissé de l'autorité de la Wehrmacht à celle de la Waffen-SS. Plus de 10 000 Cosaques et 8 000 familles allogènes sont envoyées dans le nord de l'Italie. Le XV. SS-Kossaken-Kavalerie-Korps sera en partie engagé en Yougoslavie contre les Partisans de Tito et en Autriche. Ils gagneront même l'estime de certains officiers supérieurs allemands. Ajoutons que les Cosaques de von Pannwitz ne passeront pas sous le commandement du général Andrei Vlassov, ancien héros de la défense de Moscou qui a rallié l'Allemagne après avoir été capturé sur le front de Leningrad, qui a formé la ROA (Rodnaïa Osvoboditelnaïa Armiïa ; Armée Nationale de Libération).
En février-mars 1945, les Cosaques de Krasnov et de von Pannwitz - 40 000 personnes - doivent fuir en Autriche. Le 19 mai, von Pannwitz se rend aux Britanniques. Suite aux accords de Yalta, les Britanniques livrent les Cosaques aux Soviétiques. Certains refusent d'être conduits entre les mains de l'Armée Rouge et du NKVD et préfèrent se donner la mort avec femmes et enfants. Beaucoup d'autres sont massacrés dans la zone d'occupation soviétique de l'Autriche. Cet épisode tragique est connu sous le nom de Tragédie de Drau ou Massacre des Cosaques de Linz.
A Judenburg, Lienz, dans la vallée de la Drave, des scènes épouvantables se produisirent. Quatre mille femmes (la plupart enceintes), 2 500 enfants furent enfournés de force dans les wagons et livrés aux Rouges. 
Les soldats anglais, à coups de manches de pioche ou de pelles et de crosses de fusils, forcèrent les hommes à s’embarquer. L’aumônier des Highlanders, Kenneth Tyson, indigné, eut beau condamner cette « mauvaise action » en rappelant que « les prisonniers avaient droit à un traitement correct de la part de l’armée anglaise qui avait accepté leur reddition », rien n’y fit. 

Le major Davies, de l'armée britanique, a écrit depuis lors « qu’on ne peut penser sans horreur à ces événements », et rapporté qu’un officier cosaque, plutôt que d’être livré aux Rouges, tua de sa main sa femme et ses trois enfants avant de se suicider. À Spittal, des hommes se suicidèrent en masse en s’étranglant avec des fils de fer ou en s’égorgeant avec des morceaux de verre ! À Dachau, le 19 janvier 1946, des scènes d’horreur semblables se produisirent. Il en fut de même à Plattling, à Peggetz (où, se voyant perdus, les Cosaques s’assemblèrent autour de leurs popes brandissant des icônes et entonnant avec ferveur des hymnes religieux en criant « Seigneur, sauve ton peuple… ») Ou encore, à Lienz, où on vit des hommes et des femmes se jeter dans la Drave. Une jeune femme accompagnée de ses deux petits-enfants les embrassa frénétiquement, puis jeta le plus petit dans l’abîme, tandis que le plus âgé, s’accrochant en pleurant à elle, la suppliait : « Maman, j’ai peur. – N’aie pas peur, je viens avec toi » répliqua-t-elle en se jetant avec lui dans le fleuve en criant : « Seigneur, aie pitié de ma pauvre âme pécheresse ! »
Dans le cas des Cosaques et des Caucasiens qui servaient avec les troupes croates contre les partisans communistes de Tito, il n’y avait, pour le gouvernement britannique, nulle obligation de les livrer à ce dernier puisque les accords de Yalta ne les visaient pas. Il y avait, dans le secteur occupé en Autriche par les Anglais, 50 000 Cosaques et 25 000 Croates. Ils furent livrés sans pitié. Des scènes atroces se produisirent lorsque les prisonniers, trop confiants dans la parole des officiers anglais et ayant rendu leurs armes, s’aperçurent qu’ils étaient trahis.
Peinture montrant l'exécution d'officiers cosaques par l’Armée Rouge à Lienz en 1945



























Ainsi, à Bleiburg, on vit de longues files de prisonniers, les bras liés derrière le dos avec des fils de fer, poignardés et abattus sur place s’ils ne pouvaient suivre les convois. Certains officiers anglais (comme à Peyffelz) sauvèrent la vie de quelques-uns. Le lieutenant John Greigh, du 46e régiment de reconnaissance à Neumark, dit la vérité aux Cosaques et les invita à se sauver dans les bois. « Nous étions effondrés à la suite des ordres reçus. Nos hommes qui étaient pourtant des durs, vétérans des combats d’Afrique, ne pouvaient supporter l’idée de voir ces Cosaques assassinés de sang-froid. C’était trop fort pour eux. »

Remise des prisonniers cosaques à l'Armée Rouge en 1945.





























Les soldats anglais, témoins de ces scènes atroces, étaient épouvantés et au bord de la mutinerie. Pourtant ils durent obéir aux ordres. À Lienz, selon le général Naoumenka, « les soldats anglais frappaient les Cosaques à la tête à coups de gourdin, le sang coulait, les hommes perdaient conscience. Les soldats les ramassaient et les jetaient dans les camions. Arrivés à la ligne du chemin de fer, on les lançait dans les wagons de marchandises. »

Le colonel Malcolm, des Highlanders, expliqua que « ayant trahi leur pays, il fallait que les Cosaques paient le prix de leur trahison ». Mais un officier de liaison répliqua à un autre, qui traitait ces hommes de traîtres : « Pas plus traîtres que ne le furent Washington et Benjamin Franklin… »

Le caporal Smith, sous les ordres du major Burns, à Lienz, se souvient de « vieillards apeurés et désespérés et d’enfants en pleurs, ainsi que de deux ou trois vieux à barbe blanche qui avaient reçu des coups de crosse et étaient en sang. Les vieilles gens ne cessaient de dire leurs prières. Des enfants séparés de leurs parents, trop commotionnés, ne pouvaient ni pleurer ni prier. J’étais écœuré de voir cela. » Mais le général Musson exigea la poursuite des opérations.
 Le 1er juin 1945, les Anglais acheminèrent encore un nouveau convoi de 1 858 Cosaques, le 3 juin un autre de 1 467. Le capitaine Baker, qui assistait à la remise des prisonniers aux Soviétiques au pont de Judenberg, raconte que, dans chaque train, il y avait pas mal de suicidés : « La plupart se tuaient au moyen d’une écharpe ou s’égorgeaient avec du fil de fer barbelé. »

Les hommes de troupe et les civils, condamnés à huit ans de travaux forcés, seront dispersés dans les camps du Goulag. Les officiers de l'encadrement allemand seront condamnés uniformément à vingt-cinq ans de travaux forcés : la plupart mourront en captivité.
Le général russe blanc Andreï Chkouro (valise) lors de son arrestation par l'armée russe. Il servira l'Allemagne Nazie notamment en Yougoslavie contre les partisans communistes

En 1947, les généraux Piotr Krasnov, Andreï Chkouro, Timofeï Domanov, Sultan Ghirey-Keletch, Simon Krasnov et Helmuth von Pannwitz (qui, en tant que dernier commandant de la 1re Division Cosaque, voulait partager le sort de ses hommes et s'était livré volontairement aux Soviétiques) sont envoyés à l'échafaud par les autorités soviétiques après vingt mois de captivité, une longue instruction et un procès-éclair. Ivan Kononov, bien que traqué par le KGB, sera le seul général russe allié de la Wehrmacht à échapper à la vengeance de Staline contre les traîtres au régime.
Le présidium du Soviet suprême de l'URSS mit fin à leur opprobre par un décret en date du 17 septembre 1955 "Sur l'amnistie des citoyens soviétiques ayant collaboré avec les autorités d'occupation lors de la Grande guerre patriotique".

Un mémorial des Cosaques massacrés par l'armée britannique se trouve au lieu-dit Peggetz.
Dans ce cimetière sont enterrés des Cosaques qui sont morts dans un camp sur la rive nord de la rivière Drava au printemps 1945 lorsque le camp cosaque a été évacué par l'armée britannique. Les Cosaques survivants ont été remis à Judenburg à l'Armée rouge.

8 commentaires:

  1. Fulgurant billet ! Merci lulu (qui bronze à la mer, veinard)

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    1. Lulu is back…pour quelques jours…plus de slip propre. Je vais tenter de faire quelques fiches en vitesse et de qualité… j’espère.

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    2. Le retour du Fulgor(ant) Lulu !! :10:
      Toujours aussi efficace :8:
      Mille mercis à Pjp :4:

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  2. Encore une nouveauté, excellente que dis-je brillantissime.
    Merci à toute l'équipe de pouvoir vous completer si brillament.

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  3. Superbe Merci pour cet episode de l'histoire tres meconnu.

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    1. Heureux de pouvoir transporter notre histoire européenne au Canada...bien que votre histoire à vous est fortement liée à la notre.

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  4. Exact dependant de certains faits mais vrai dans l'ensemble.

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